Ayant  fui leur patrie pour échapper à l’esclavage,  des gens créent une nouvelle république sur une île déserte. Voyant que les hommes veulent diriger tout seuls, les femmes élisent deux déléguées :  Arthénice pour les nobles, Mme Sorbin pour le peuple. Et, pour obliger les hommes à les accepter comme des égales, elles s’engagent à ne plus rien faire pour leur plaire et de rompre avec eux.  Arthénice se comporte alors durement avec Persinet, le fiancé de sa fille Lina, c’est pourquoi cette dernière lui dit :


                                1

LINA : Pourquoi donc le maltraitez-vous, ma mère ? Est-ce que vous ne voulez plus qu'il m'aime, ou qu'il m'épouse ?

MADAME SORBIN : Non, ma fille, nous sommes dans une occurrence1 où l'amour n'est plus qu'un sot2.

LINA : Hélas ! quel dommage !

ARTHÉNICE : Et le mariage, tel qu'il a été jusqu'ici, n'est plus aussi qu'une pure servitude que nous abolissons3, ma belle enfant ; car il faut bien la mettre un peu au fait pour la consoler.

LINA : Abolir le mariage ! Et que mettra-t-on à la place ?

MADAME SORBIN : Rien.

LINA : Cela est bien court.

ARTHÉNICE : Vous savez, Lina, que les femmes jusqu'ici ont toujours été soumises à leurs maris.

LINA : Oui, Madame, c'est une coutume qui n'empêche pas l'amour.

MADAME SORBIN : Je te défends l'amour.

LINA : Quand il y est, comment l'ôter ? Je ne l'ai pas pris ; c'est lui qui m'a prise, et puis je ne refuse pas la soumission.

 

                                 2

MADAME SORBIN : Comment soumise, petite âme de servante, jour de Dieu ! soumise, cela peut-il sortir de la bouche d'une femme ? Que je ne vous entende plus proférer cette horreur-là, apprenez que nous nous révoltons.

ARTHÉNICE : Ne vous emportez point, elle n'a pas été de nos délibérations, à cause de son âge, mais je vous réponds d'elle, dès qu'elle sera instruite. Je vous assure qu'elle sera charmée d'avoir autant d'autorité que son mari dans son petit ménage, et quand il dira : je veux, de pouvoir répliquer : moi, je ne veux pas.

LINA, pleurant.   Je n'en aurai pas la peine ; Persinet et moi, nous voudrons toujours la même chose ; nous en sommes convenus entre nous.

MADAME SORBIN : Prends-y garde avec ton Persinet ; si tu n'as pas des sentiments plus relevés, je te retranche4 du noble corps des femmes ; reste avec ma camarade et moi pour apprendre à considérer ton importance ; et surtout qu'on supprime ces larmes qui font confusion5  à ta mère, et qui rabaissent notre mérite.

ARTHÉNICE : Je vois quelques-unes de nos amies qui viennent et qui paraissent avoir à nous parler, sachons ce qu'elles nous veulent.

         Marivaux. La Colonie. Scène 5.

                     Le Mercure. Décembre 1750.

 

 

 

1.  Une circonstance, une situation. 2. N’est pas intelligent, n’a pas un bon jugement. 3. Supprimons.

4 . Je t’enlève, je t’écarte. 5. Gêne, honte.

 

I. L’étude de texte.

 

Compréhension.

 

1. Par quels moyens (au moins deux)  Arthénice et Mme Sorbin essaient – elles de persuader Lina de changer ses rapports avec son fiancé Persinet ?                                                                            2.5 points

 

2. Lina n’est pas de leur avis concernant l’amour et le mariage : Relevez au moins deux de ses contre arguments dans le texte.                                                                                                               2 points.                                                                                                                    

3. Le ton comique domine dans cette scène : Relevez au moins deux moyens (ou expressions) employés pour amuser et expliquez pourquoi cela fait rire.                                                                        2.5 points

 

Langue.

 

1.  Que veut – on dire dans le texte par femme « soumise » ? Donnez en ce sens un synonyme et un antonyme du mot.                                                                                                                          1 point

 

2. Réécrivez la phrase tracée dans le texte en remplaçant « la soumission»  par une subordonnée conjonctive. À quoi sert donc la nominalisation ?                                                                        2points

 

 

 

II. L’essai.

 

       Arthénice a dit dans ce passage : « le mariage, tel qu'il a été jusqu'ici, n'est plus aussi qu'une pure servitude [pour la femme] » Pensez – vous comme elle que le mariage asservit la femme et l’empêche d’exercer sa liberté ? Développez votre point de vue en vous appuyant sur des arguments et sur des exemples tirés de vos lectures ou de votre expérience personnelle.                                           10 points

 

(Asservit le femme = la rend comme l’esclave de l’homme, la met à son service)

 

 

Correction du devoir.

 

Compréhension.


1.  Arthénice et Mme Sorbin essaient de persuader Lina de changer ses rapports avec son fiancé Persinet en essayant avec elle d’abord la manière douce et en essayant de la convaincre de rallier leur cause en lui démontrant que le mariage et l’amour défavorisent la femme, la diminuent et provoquent sa servitude : « nous sommes dans une occurrence où l'amour n'est plus qu'un sot. » ;  «Et le mariage, tel qu'il a été jusqu'ici, n'est plus aussi qu'une pure servitude ». Puis, elles  utilisent avec elle la manière « forte » en touchant son amour propre ( « âme de servante ») et la menace : « si tu n'as pas des sentiments plus relevés, je te retranche4 du noble corps des femmes » 

2. Lina n’est impressionnée par leur manège, et elle trouve toujours le contre argument qui montre le non fondé de leur argument : « :Abolir le mariage ! Et que mettra-t-on à la place ? »  ou bien ridiculise leur démarche : par exemple lorsqu’elles lui ont parlé de la soumission traditionnelle des femmes, elle leur a dit : « c'est une coutume qui n'empêche pas l'amour. »


3. À cause de ce duel, le ton comique domine dans la scène. Il ya par exemple le comique de mot :

« LINA : Abolir le mariage ! Et que mettra-t-on à la place ?

MADAME SORBIN : Rien.

LINA : Cela est bien court. » Le mariage est une institution sociale indispensable, irremplaçable, l’abolir serait une décision déraisonnable, voire ridicule, absurde, ce qui provoque le rire du spectateur qui entend ce mot « rien». Il ya aussi le comique de geste lorsque Lina au lieu d’être charmée, enthousiaste par l’idée de dominer son fiancé commence à pleurer et à dire naïvement : « Je n'en aurai pas la peine ; Persinet et moi, nous voudrons toujours la même chose ; nous en sommes convenus entre nous. »


 

Langue.


1.  Femme soumise : obéïssante, résignée, docile. L’antonyme : femme révoltée, libre, rebelle, insoumise.

2.  Je n refuse pas que je sois soumise. La nominalisation permet de simplifier l’énoncé, de le rendre plus concis en assurant l’économie et la cohérence.

 

 

 

 

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