À dix-sept ans, Eugénie (surnommée Génie), fille de paysans riches, a un enfant d'un inconnu. Chassée par sa famille, sa vie change complètement. C’est sa fille qui nous raconte ce qui s’est passé ...

 

 

                                                                     Souvenirs d’enfance.

 

  À l'époque où j'étais très petite, elle m'emmenait avec elle chaque jour dans les fermes où elle travaillait. Dans le panier, elle emportait le sac de jute1 qu'elle disposait par terre au bord des champs pour que je m'y assoie. Elle travaillait. Je jouais un peu avec la terre, avec les racines de chiendent2, avec les herbes. Je la surveillais. J'avais peur qu'elle ne s'en aille et ne me laisse là, toute seule au bord de ce champ inconnu.

  Certains jours, la brume montait de la rivière, noyait les saules tristes, ensevelissait le monde. Le jour ne se levait jamais. Je la distinguais comme une ombre de plus en plus pâle à mesure que le travail l'éloignait de moi. Quand elle était près de disparaître dans ce lait de brume3, je courais vers elle dans le champ. Par­fois, je m'arrêtais dès que je la voyais de nouveau, j'avançais peu à peu pour la voir toujours. D'autres fois, j'allais jusqu'à elle, je m'accrochais à sa jupe pour qu'elle me prenne un peu. Elle di­sait :

« Va t'asseoir sur le sac. »

  Je retournais au bord du champ le plus lentement possible pour faire durer le temps où je la voyais encore. Je m'asseyais sur le sac. Elle était perdue au fond de la brume. Je restais là à regarder vers elle, à guetter le moment où elle reparaîtrait. Le temps s'allongeait. De nouveau, je croyais qu'elle était partie en me laissant là parce qu'elle ne me voulait pas.

  Je me levais, le cœur fou, je courais vers elle de toutes mes petites jambes, je tombais, je me relevais, je courais. Je l'aperce­vais enfin. Je m'asseyais dans la terre humide. J'aurais voulu aller vers elle, lui dire comme j'étais heureuse qu'elle soit encore là.

 

                                                                                                                                 Ines Cagnati, Génie la folle. Denoël éd. 1976.

1.  Tissu peu coûteux. 2. Herbe pas bonne pour la culture. 3. Brouillard léger, nuage blanc vaporeux qui empêche la bonne visibilité.

 

 

Compréhension.

1.  En vous appuyant sur deux  indices relevés dans le premier paragraphe, décrivez les conditions de vie de la fille et de sa mère.                                                                                                                                                                                             2 points

2.  Qu’est – ce qui explique, selon vous,  la présence de trop de verbes de perception dans le texte : «  survellais …distinguais … voyais … voir …. apercevais …»  Pourquoi la fille voulait – elle toujours voir  sa mère près d’elle, surtout par les jours de brume ?                                                                                                                                                                                                       2 points

3. Quel sentiment éprouve, a la fille lorsqu’elle ne voit plus sa mère ? Relevez en ce sens, dans le dernier paragraphe, deux procédés qui traduisent ce sentiment.                                                                                                                                                                                  3 points

 

Langue.

1. Complétez les deux vides par les verbes qui conviennent :

La narratrice ………… des souvenirs d’enfance qui sont …………. dans sa mémoire.                                                                   1 point

2. Transposez cette phrase du texte au discours indirect :

                        Elle (me) di­sait : « Va t'asseoir sur le sac. »                                                                                                              0.5 point

 

3. a. Transposez au discours direct la partie  tracée de la phrase suivante :

J'aurais voulu aller vers elle, lui dire comme j'étais heureuse qu'elle soit encore là.                                                          

    b. Expliquez de façon très brève le rôle du discours direct dans le récit.                                                                                        1.5 point

 

Essai.

  Un proverbe grec disait : «  Le souvenirs des peines passées est agréable ». Êtes – vous d’accord avec ce qu’on dit dans ce proverbe ? Appuyez votre point de vue par des arguments et des exemples.

 

                                                                                                                                                                                                       10 points

 

Correction du devoir de synthèse n° 1.

 

Compréhension.

1.  La mère et sa fille vivent dans des conditions très misérables et dures car la mère est obligé de travailler continuellement pour survivre avec sa fille : « elle m'emmenait avec elle chaque jour dans les fermes où elle travaillait. » De plus, ils vivent dans  la solitude et la pauvreté puisqu’elles n’ont de compagnie et la fille joue avec les herbes à défaut de jouets : « Je jouais un peu avec la terre, avec les racines de chiendent2, avec les herbes. »

 

2.  La présence de trop de verbes de perception dans le texte : «  survellais …distinguais … voyais … voir …. apercevais …»  montre une grande préoccupation, une idée fixe chez la fille qui s’intéresse aux déplacements de sa mères plus qu’à son jeu avec la terre ou les herbes. La cause : elle croit que sa mère va la lâcher, l’abandonner à son sort parce qu’elle ne veut plus d’elle.

 

3. Pour cela, la fille éprouve une grande angoisse, une peur effroyable chaque fois qu’elle perd de vue sa mère, surtout dans les jours de brume où la visiblité est très diminuée. Pour traduire ce sentiment, la narratrice a eu recours à l'hyperbole et à la métaphore dans l'expression :" Coeur fou " et à l'accumulation des verbes d'action qui suggèrent la panique et l'empressement : " je courais vers elle de toutes mes petites jambes, je tombais, je me relevais, je courais. Je l'aperce­vais enfin."

 

Langue.

 

1.  La narratrice se rappelle des souvenirs d’enfance qui sont gravés dans sa mémoire.                    

2.   Elle (me) di­sait  d’aller m’asseoir sur le sac.

3. a. J'aurais voulu aller vers elle, lui dire : « comme je suis heureuse que tu sois encore ici. »

    b. Le discours direct dans le récit permet de revivre certaines scènes comme présentes sous nos yeux.

 

Essai.

Recherche d’idées.

Pour

Contre

  Il existe des cas où le souvenir des peinnes passées est agréable :

1. Une fête qui commémore une victoire après une guerre, une révolution …

2. Une personne qui vit bien, qui a réussi dans sa vie après beaucoup de peine : Une homme d’affaire qui s’enrichit après de dures épreuves, un bachelier qui réussit après de longues études …

3. Un adulte qui se rappelle ses aventures,  ses mésaventures d’enfance, il s’amuse bien en les évoquant.

 

 

1.  On se souvient avec beaucoup de peine :

d’une enfance très malheureuse, d’un évènement tragique dans sa vie, d’une très mauvaise expérience, quel que soit le domaine...«  Se souvenir c'est souvent souffrir. »                                          André Chenail

2. « Le souvenir d'un bonheur n'est bénéfique que lorsque celui qui se souvient est encore heureux. Dans le malheur il n'est pas une consolation ou un refuge, mais la brûlure d'un regret sans espoir. »       Claude Roy

3.  C’est toujours désagrable de remuer certaines douleurs, certaines peines passées oubliées, effacées avec le temps

 

 

 

 

 

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