L’auteur parle dans le texte qui suit des soldats français de la première guerre mondiale appelés « Poilus » qui ont fait campagne ( participé à la guerre ) contre les Allemands.

                                                                                       

 

  ... Ils avaient le plus souvent entre 17 et 25 ans, mais ils pouvaient en avoir 30 ou 40. Autant de voyageurs sans bagages qui durent quitter leurs familles, leurs fiancées, leurs femmes, leurs enfants. Laisser là le bureau, … la boutique ou l'étable1. Revêtir l'uniforme mal coupé, le pantalon rouge, le képi cabossé. Endosser le barda trop lourd et chausser les godillots cloutés2.

 

  Très vite, ils comprirent que cette guerre n'avait pas de sens. De faux espoirs en faux espoirs, de dernières batailles en der­nières batailles, ils finirent par ne plus pouvoir prévoir la fin de la guerre dont ils étaient les acteurs et dont l'utilité vint  à ne plus leur paraître évidente.

 

  Sur 8 millions de mobilisés entre 1914 et 1918, plus de deux millions de jeunes hommes ne revirent jamais le clocher de leur village natal. Leurs noms sont gravés dans la pierre froide des monuments de nos villes et de nos bourgs. Et quand l'église s'est tue, quand l'école est fermée, quand la gare est close, quand le silence règne dans ces bourgs qui sont devenus des hameaux, il reste ces listes de mots, ces listes de noms et de prénoms qui rappellent le souvenir d'une France dont les campagnes étaient si peuplées.

 

  Plus de 4 millions d'hommes ne survécurent qu'après avoir subi de graves blessures, le corps cassé, coupé, marqué, mordu, la chair abîmée, quand ils n'étaient pas gravement mutilés. Les autres s'en sortirent en apparence indemnes3. Il leur restait le souvenir de l'horreur vécue pendant plus de 50 mois, la mémoire du sang, de l'odeur des cadavres pourrissants, de l'éclatement des obus, de la boue fétide, de la vermine, la mémoire du rictus obscène4 de la mort. Il leur restait la griffe systématique et récurrente du cauchemar pour le restant de leurs jours et avec elle le cri angoissé parce que sans réponse, l'appel de leur mère. Il leur restait la force des mots qui évo­quaient des images dont ils n'oublieraient jamais l'horreur : Galipoli, Verdun, le Chemin des Dames, Arlon-Virton, le moulin de Lafaux, la Somme, Ypres, Péronne, Montmirail, Douaumont, le fort de Vaux5...

                                                                                       Jean – Pierre Guéno, Paroles de Poilus. 1998.

 

1.  Abri où on loge les vaches … 2.  Le soldat porte, entre autres le barda (bagage très lourd), les godillots (chaussures avec des clous)  3. Pas blessés. 4. Ouverture de la bouche comme pour rire. 5. Des lieux de batailles.

 

 

Compréhension.

 

1.  L’auteur nous présente les soldats français de la première guerre mondiale dans les deux premiers paragraphes : Distinguez, en vous appuyant sur des indices, la part d’objectivité et la part de subjectivité dans cette présentation.                                                                   2 points                                                                                                      

 

2.  Dans le troisième paragraphe, l’auteur parle des soldats morts pendant cette guerre : Qu’est – ce qui permet, d’après lui,  de perpétuer (faire durer )  le souvenir de ces soldats morts ?                                                                                                                                    2 points

 

3.  Dans le dernier paragraphe, en parlant des 4 millions de blessés  et des soldats non blessés dans cette guerre, l’auteur a employé deux procédés d’écriture au niveau des expressions tracées : nommez les deux procédés d’écriture puis précisez l’effet qu’il veut obtenir chez le lecteur en les employant.

                                                                                                                                                                                                   3 points

                                                                                                                                                                                             

 Langue.

 

1.  Quelle différence y a – t – entre les deux mots présents dans le deuxième paragraphe : « guerre » et « batailles » ?                                                                                                                                                                                                                                               1 point

 

 

2.  À quel temps et à quel mode est conjugué le verbe en caractères gras à la fin du texte ? Justifiez l’emploi de ce mode.

                                                                                                                                                                                                  2 points

 

 

 

Essai.

 

    On remarque à la fin du deuxième paragraphe que les soldats doutaient de l’utilité de la guerre. Et vous, à votre avis, est - ce que la guerre est utile pour les humains ? Appuyez votre point de vue par des arguments et des exemples.

                                                                                                                                                                                                10 points


Corrigé du devoir.

Compréhension.

 

1.  L’auteur nous présente les soldats français de la première guerre mondiale dans les deux premiers paragraphes : la part d’objectivité se constate surtout dans le premier paragraphe lorsqu’il nous parle de leur âge, des éléments constitutifs de leur équipement : barda, uniforme … Quant à la part de subjectivité, on la relève dans le deuxième paragraphe car lorsqu’il dit «  ils comprirent … l'utilité vint  à ne plus leur paraître évidente.», l’auteur entre dans la tête du soldat de l’époque et généralise un état psychologique qui a pu exister chez certains «  Poilus » mais qui aurait pu ne pas exister chez d’autres. En vérité, il exprime par là une opinion personnelle qui a été peut – être partagée par bon nombre de français.

 

2.  Dans le troisième paragraphe, l’auteur parle des soldats morts pendant cette guerre :  ce qui permet, d’après lui,  de perpétuer (faire durer )  leur souvenir , ce sont ces listes de noms gravés sur la pierre froide des monuments.

 

3.  Dans le dernier paragraphe, en parlant des 4 millions de blessés  et des soldats non blessés dans cette guerre, l’auteur a employé deux procédés d’écriture au niveau des expressions tracées : le premier, c’est l’accumulation des adjectifs :  « le corps cassé, coupé, marqué, mordu, la chair abîmée » qui insiste sur l’état critique, lamentable, pitoyable du corps des blessés, ce qui met en valeur leur souffrance à cause de la guerre. Le second, c’est l’anaphore qui met l’accent sur le mauvais état moral et psychologique, les traumatismes, les sequelles qu’on remarque chez ceux qui n’ont pas été blessés.

 

 

 Langue.

 

1.  La guerre est plus générale, c’est l’ensemble des batailles.

 

2.  Le verbe est conjugué au conditionnel présent qui situe un fait dans le futur par rapport au passé.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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