Les lignes qui suivent proviennent du « Journal de route », écrit par Chateabriand pendant son voyage en Amérique. Le voici en bateau (canot), admirant bois (forêts) et belles plantes : convolvulus, bignoias …

 

                                                                                     La liberté dans la nature.

  Le ciel est pur sur ma tête, l'onde limpide1 sous mon canot, qui fuit devant une légère brise. À ma gauche sont des collines raillées à pic et flanquées de rochers d'où pendent des convolvulus à fleurs blanches et bleues, des festons de bignoias, de longues graminées, des plantes saxasiles de toutes les couleurs à ma droite règnent de vastes prairies. À mesure que le canot avance, s'ouvrent de nouvelles scènes et de nou­veaux points de vue :  tantôt ce sont des vallées solitaires et riantes, tan­tôt des collines nues ; ici c'est une forêt de cyprès, dont on aperçoit les portiques2 sombres : là c'est un bois léger d'érables, où le soleil se joue comme à travers une dentelle.

 

  Liberté primitive, je te retrouve enfin! Je passe comme cet oiseau qui vole devant moi, qui se dirige au hasard, et n'est embarrassé que du choix des ombrages. Me voilà tel que le Tout-Puissant m'a créé, souve­rain de la nature, porté triomphant sur les eaux, tandis que les habitants des fleuves accompagnent ma course, que les peuples de l'air me chantent leurs hymnes, que les bêtes de la terre me saluent, que les forêts courbent leur cime3 sur mon passage.

  Est-ce sur le front de l'homme de la société, ou sur le mien, qu'est gravé le sceau immortel de notre ori­gine ? Courez vous enfermer dans vos cités4, allez vous soumettre à vos petites lois ; gagnez votre pain à la sueur de votre front, ou dévorez le pain du pauvre ; égorgez-vous pour un mot, pour un maître ; doutez de l'existence de Dieu, ou adorez-le sous des formes superstitieuses5  :  moi j'irai errant dans mes soli-tudes ; pas un seul battement de mon coeur ne sera comprimé, pas une seule de mes pensées ne sera enchaînée ; je serai libre comme la nature ; je ne reconnaîtrai de souverain que celui qui alluma la flamme des soleils et qui d'un coup de sa main fit rouler tous les mondes.

                                                                                                              François René de Chateaubriand, Voyage en Amérique (1827)

 

1.  L’eau claire et transparente. 2. Les entrées en colonnes. 3. Sommet. 4. Villes. 5. Croyances déraisonnables.

 

Compréhension.

1.  Chateaubriand a retrouvé la liberté primitive en pleine nature américaine : Quels moyens gramma-ticaux emploie – t – il, dans le premier paragraphe,  pour nous faire vivre la découverte de cette nature de façon progressive et détaillée ? Comment fait – il pour nous faire aimer ces lieux ?                                                                                                                                                                                          3 points

2. Relevez, dans le deuxième paragraphe, deux procédés d’écriture employés par le narrateur pour nous décrire ses sentiments de liberté et de grandeur. Expliquez le sens à chaque fois.                                                                                                                                     2  points

3. Indiquez, d’après le troisième paragraphe, deux raisons qui poussent Chateaubriant à préférer la vie en pleine nature à celle qu’on mène dans les villes en pleine civilisation.                                                                                                                                                             2 points

 

Langue.

1.  Expliquez l’expression : « Liberté primitive » ( Voir le début du deuxième paragraphe )                                       1 point                                  

2. Relevez dans le deuxième paragraphe un substitut grammatical et un autre lexical qui renvoient au narrateur ( Chateaubriand ). À quoi sert donc la substitution ?

                                                                                                                                                                              2 points

 

Essai.

   Châteaubriand dit dans ce texte : «  Courez vous enfermer dans vos cités, allez vous soumettre  à  vos petites lois ». Pensez – vous comme lui ?  Est – ce que l’homme perd sa liberté en vivant dans la ville et en obéissant aux lois ? Appuyez votre point de vue par des arguments et des exemples.

                                                                                                                                                                             10 points

( Se soumettre aux lois = Obéir aux lois , appliquer les lois.) 

 

 

Correction du devoir de contrôle n° 2.

Compréhension.

1.  Chateaubriand a retrouvé la liberté primitive en pleine nature américaine. Pour nous faire découvrir cette nature de façon progressive, il a employé la locution conjonctive «  à mesue que » et les adverbes de temps : «  tantôt …tantôt ». Et pour la faire connaître de façon détaillée, il a utilisé les expressions de localisation «  à ma gauche … à ma droite … ici …là … ». Enfin, pour nous faire aimer ces lieux encore vierges qu’il avait admirés pendant son voyage en amérique, il a employé des expressions mélioratives, des termes appréciatifs et même la comparaison : « ciel  … pur, eau limpide … comme à travers une dentelle. »

 

2. Dans le deuxième paragraphe, le narrateur a employé deux procédés d’écriture pour nous décrire ses sentiments de liberté et de grandeur. Pour nous faire partager le premier sentiment, il a employé la comparaison « comme un oiseau » car ce volatile léger pour se mouvoir librement dans les airs, voler n’impote quand et se poser n’importe où. Pour nous faire ressentir le second, il a employé la métaphore «  souverain » ( il est porté comme un roi ), l’accumulation de verbes qui montre que tout est mis à son service « tandis que les habitants des fleuves accompagnent ma course, que les peuples de l'air me chantent leurs hymnes, que les bêtes de la terre me saluent, que les forêts courbent leur cime sur mon passage. » et la personnification des bêtes et des forêts qui le saluent ou se courbent respectueusement à son passage.

 

3. D’après le troisième paragraphe, deux raisons poussent Chateaubriant à préférer la vie en pleine nature à celle qu’on mène dans les villes en pleine civilisation : D’abord, en pleine nature, il jouit de grands espaces alors que les citadins sont enfermés entre les murs de leur ville. Ensuite, pour survivre, il a tout à portée de la main : fruits, plantes comestible, animaux faciles à chasser, poissons facile à pêcher alors que ceux qui vivent dans les villes sont obligés de travailler dur ou d’exploiter les autres pour satisfaire leurs besoins en nourriture …                                           

 

Langue.

 

1.  L’expression : « Liberté primitive » veut dire liberté comparable à celle des hommes primitifs. Il est «  libre comme la nature » car c’est la civilisation ert l’apparition de la propriété qui sont à l’origine de l’esclavage et de la perte de la liberté comme l’affirme Rousseau.

2. Dans le deuxième paragraphe, on remarque un substitut grammatical « je » et un autre lexical « souverain » qui renvoient au narrateur ( Chateaubriand ). La  substitution sert à éviter la répétition et à assurer la cohérence de l’énoncé.

 

 

 

Make a free website with Yola