Le narrateur se trouve à Cannes. Au moment où il quitte son bateau, il entend des coups de feu. Ce sont des lignards qu’on entraîne pour les prochains combats. Il nous fait alors part de ses …

 

                                   Pensées contre la guerre.

 

   Quand on parle d'anthropophages1, nous sourions avec orgueil en proclamant notre supériorité sur ces sauvages, les vrais sauvages. Ceux qui se battent pour manger les vaincus ou ceux qui se battent pour tuer, rien que pour tuer ?


        Les petits lignards
2 qui courent là-bas, sont destinés à la mort comme les troupeaux que pousse un boucher sur les routes. Ils iront tomber dans une plaine, la tête fendue d'un coup de sabre ou la poitrine trouée d'une balle ; et ce sont de jeunes gens qui pourraient travailler, produire, être utiles. Leurs pères sont vieux et pauvres ; leurs mères qui, pendant vingt ans, les ont aimés, adorés comme adorent les mères, apprendront dans six mois ou un an peut-être que le fils, l'enfant, le grand enfant élevé avec tant de peine, avec tant d'argent, avec tant d'amour, fut jeté dans un trou comme un chien crevé, après avoir été éventré par un boulet et piétiné, écrasé, mis en bouillie par les charges de cavalerie. Pourquoi a-t-on tué son garçon, son beau garçon, son seul espoir, son orgueil, sa vie ? Elle ne sait pas. Oui, pourquoi ?

 

   La guerre !... se battre !... égorger !... massacrer des hommes !... Et nous avons aujourd'hui, à notre époque, avec notre civilisation, avec l'étendue de science et le degré de philosophie où l'on croit parvenu le génie humain, des écoles où l'on apprend à tuer, à tuer de très loin, avec perfection, beaucoup de monde en même temps, à tuer de pauvres diables d'hommes innocents, chargés de famille et sans casier judiciaire.

 

   Et le plus stupéfiant, c'est que le peuple ne se lève pas contre le gouvernement. Quelle différence y a-t-il donc entre les monarchies3 et les républiques ? Le plus stupéfiant, c'est que la société tout entière ne se révolte pas à ce mot de guerre.
Ah ! nous vivrons toujours sous le poids des vieilles et odieuses coutumes
4, des criminels préjugés, des idées féroces de nos barbares aïeux, car nous sommes des bêtes, nous resterons des bêtes, que l'instinct domine et que rien ne change.

 

                                                                                       Guy De Maupassant. Sur l’eau. 1888.

 

1. Les hommes qui mangent les hommes. 2. Les soldats qui combattaient à pied en premières lignes.

3. L’État dirigé par un roi. 4. Très mauvaises habitudes.


 

L’étude de texte.

 

I. Compréhension.

 

1. Dans quelle mesure, d’après ce texte, la guerre est – elle la preuve que les humains n’ont pas vraiment évolué ?                                                                                                                                             2 points

2.  Le narrateur ne cache pas sa stupéfaction (surprise) dans ce texte : Par quel(s) moyen(s) exprime – t - il son étonnement ?  De quoi s’étonne – t - il ?                                                                               2 points 

                                                                           

3. Enfin en parlant du triste avenir qui attend les lignards et leurs parents dans le deuxième paragraphe, le narrateur a employé certains procédés d’écriture : relevez – en deux et expliquez à chaque fois l’effet qu’il veut obtenir chez le lecteur.                                                                                                   3 points

 

II. Langue.

 

1. À quel mode est conjugué le verbe tracé dans le texte ? Justifiez l’emploi de ce mode d’après la phrase.

                                                                                                                                                       1 point

2. « le fils, l'enfant… fut jeté dans un trou comme un chien crevé »

Mettez cette phrase à la voix active. Quelle différence au niveau du sens constatez – vous en passant de la voix passive à la voix active ?                                                                                                       2 points

 

Essai.

 

  Alphonse Daudet a dit dans son roman La petite paroisse en parlant de la guerre : « je la trouve bête et sale ». Partagez – vous son opinion ? Appuyez votre point de vue par des arguments et des exemples tirés de vos lectures ou de toute autre source d’information sur la guerre.                                           10 points

 

 

 

 

Corrections du devoir .

 

Compréhension.

 

1.     La guerre est la preuve que les humains n'ont pas vraiment évolué car cest derniers sont restés « des bêtes que l'instinct domine et que rien ne change » malgré le développement réalisé dans tous les domaines, malgré l'étendue de la science, de la philosophie, malgré la civilisation très évoluée de notre époque. Et le pire c'est qu'on apprend à tuer dans les écoles (ou les académies) militaires.

 

2.     Le narrateur ne cache pas sa stupéfaction « le plus stupéfiant » de voir les peuples et les sociétés, malgré l'évolution des mentalités et les progrès réalisés dans tous les domaines, garder le silence, accepter même la guerre malgré son côté déraisonnable et inhumain sans se révolter ou même s'indigner. Il exprime donc son étonnement en employant des phrases exclamatives : « la guerre !... Se battre !... égorger ! » Et interrogatives «... Ou ceux qui se battent pour lui, rien que pour tuer ? »

 

3.     Enfin en parlant du triste avenir qui attend les lignards et leurs parents dans le deuxième paragraphe, le narrateur a employé des procédés tels que la comparaison : « comme les troupeaux que pousse un boucher sur les routes » et l'hyperbole « avec tant de peine, avec tant d'argent, avec tant d'amour » il a employé le premier pour le décrire l'inconscience des soldats du danger qui les attend sur le champ de bataille et le deuxième pour montrer l'importance des sacrifices des parents qui vont perdre un fils après tant de peine pour rien.

 

Langue :

 

1.     Le verbe tracé dans le texte est conjugué au mode conditionnel. L'emploi de ce mode s'explique par le fait que le narrateur évoque la possibilité pour ses soldats d'être utile au lieu d'être tués et imagine un autre résultat positif de leur existence.

 

2.     On jeta le fils, l'enfant dans un trou comme un chien crevé. En employant la voix passive en insiste sur le résultat de l'action ; par contre en employant la voix active en insiste sur celui qui fait l'action.

 

 

 

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