Un jour, Le roi Marc de Cornouailles a découvert  qu’Iseut, la fille du roi d’Irlande qu’il a épousée  selon la loi de Rome ( c’est – à – dire à l’église ) le trompe avec son neveu Tristan. Pour la punir, il l’a donnée aux lépreux ( des gens atteint d’une maladie contagieuse qui fait tomber la peau ) Mais les deux amants se sont enfuis et se sont réfugiés dans la forêt du Morais où ils sont traqués ( poursuivis ) …

 

                                                                                                      Tristan et Iseut : Les amants poursuivis.

 

   Au fond de la forêt sauvage, … comme des bêtes traquées, ils errent, et rarement osent revenir le soir au gîte de la veille. Ils ne mangent que la chair des fauves et regrettent le goût du sel. Leurs visages amaigris se font blêmes, leurs vêtements tombent en haillons, déchirés par les ronces1.  Ils s'aiment, ils ne souffrent pas.

 

  Un jour, comme ils parcouraient ces grands bois qui n'avaient jamais été abattus, ils arrivèrent par aventure à l'ermitage3 du Frère Ogrin.

  Au soleil, sous un bois léger d'érables, auprès de sa chapelle, le vieil homme, appuyé sur sa béquille, allait à pas menus.

« Sire Tristan, s'écria-t-il, sachez quel grand serment ont juré les hommes de Cor­nouailles. Le roi a fait crier un ban3 par toutes les paroisses. Qui se saisira de vous recevra cent marc d'or pour son salaire, et tous les barons ont juré de vous livrer mort ou vif. Repentez- vous, Tristan! Dieu pardonne au pécheur qui vient à repentance4.

        Me repentir, sire Ogrin ? De quel crime ? Vous qui nous jugez, savez-vous quel  boire nous avons bu sur la mer5 ? Oui, la bonne liqueur nous enivre, et j'aimerais mieux mendier toute ma vie par les routes et vivre d'herbes et de racines avec Iseut que, sans elle, être roi d'un beau royaume.

        Sire Tristan, Dieu vous soit en aide, car vous avez perdu ce monde-ci et l'autre. Le traître à son seigneur, on doit le faire écarteler par deux chevaux, le brûler sur un bûcher, et là où sa cendre tombe, il ne croit plus d'herbe et le labour reste inutile; les arbres, la verdure y dépérissent. Tristan, rendez la reine à celui qu'elle a épousé selon la loi de Rome!

        Elle n'est plus à lui; il l'a donnée à ses « lépreux c'est sur les lépreux que je l'ai conquise;. Désormais, elle est mienne; je ne puis me séparer d'elle, ni elle de moi. »

 

  Ogrin s'était assis; à ses pieds, Iseut pleurait, la tête sur les genoux de l'homme qui souffre pour Dieu. L'ermite lui redisait les saintes paroles du Livre; mais, toute pleurante, elle secouait la tête et refusait de le croire.

« Hélas! dit Ogrin, quel réconfort peut-on donner à des morts? Repens-toi, Tristan, car celui qui vit dans le péché sans repentir est un mort.

        Non, je vis et ne me repens pas. Nous retournons à la forêt, qui nous protège et nous garde. Viens, Iseut, amie! »

 

                                                                                               Le Roman de Tristan et Iseut, restitué par Joseph Bédier, Piazza.

 

1.  Les branches épineuses des arbres. 2. L’ermitage c’est la petite église (chapelle) où habite l’ermite : celui qui s’ isole des hommes pour se consacrer à Dieu. 3. Une annonce à haute voix. 4. Le pécheur est celui qui désobéït à Dieu et la repentance, c’est regretter le mal qu’on a fait 5. Il parle du philtre magique qu’ils ont bu sur le bateau et qui les a rendus amoureux.

 


Compréhension.

 

1. Décrivez d’après ce texte la situation dans laquelle vivent  les deux amants en fuite en insistant sur leur état  et sur les risques auxquels ils sont exposés.                        ( 2 points )

 

2. En parlant à Tristan, l’ermite Ogrin utilise un vocabulaire accusateur ( il accuse ) et hyperbolique ( il exagère ) : Relevez les expressions du texte qui vont en ce sens et dites quel est l’effet qu’il veut obtenir chez Tristan.                                                                   ( 3 points )

 

3. Pourquoi les deux amants refusent – t – ils de se séparer malgré les paroles de l’ermite ?

                                                                                                                                  ( 2points )

 

Langue.

 

1. Quels moyens ( grammaticaux et autres ) emploie le narrateur pour caractériser l’état des deux amants décrits dans le premier paragraphe du texte.                                     ( 1.5 point )

 

2. Précisez le rôle de la description des deux amants et du dialogue entre Tristan et l’ermite Ogrin dans la narration.                                                                                            (1,5 point )

 

     

                      

Essai.

 

         François. MAURIAC a dit dans son livre Souffrances et Bonheur du chrétien, p. 35 : « l'*amour, même heureux, n'est-il pas une source intarissable de douleurs ? » Pensez – vous comme lui que l’amour provoque toujours la souffrance et la douleur chez les amoureux ? Développez un point de vue argumenté illustré par des exemples précis.                               

 

   ( « source intarissable » = est toujours à l’origine )                                  ( 10 points )                                                                                                              

 

 

 

 

Correction du devoir .

 

Compréhension.

 

1. Tristan et Iseut, qui ont les visages amaigris et blêmes car ils vivent en état de peur permanente au fond de la forêt en mangeant des racines, des herbes et des bêtes sauvages, qui ont les vêtements en lambeaux en  fuyant les hommes du roi Marc qui a promis cent marcs  d’or comme salaire pour leur capture vivent malgré leur bonheur d’être ensemble dans la terreur d’être capturés et livrés au roi qui les livrerait à ses lépreux ou les écartèleraient vifs pour les punir de leur trahison.

 

2. L’ermite Ogrin, utilise, en s’adressant à Tristan, un vocabulaire  accusateur puisqu’il qualifie le neveu du roi de « pécheur », de « traître à son seigneur » et hyperbolique étant donné qu’il exagère la punition des hommes « on doit le faire écarteler par deux chevaux, le brûler sur un bûcher » et celle de Dieu en rendant maudit le lieu du châtiment :« et là où sa cendre tombe, il ne croit plus d'herbe et le labour reste inutile; les arbres, la verdure y dépérissent ». Il accuse et exagère pour faire peur au couple et amener les amants à se séparer pour éviter les mauvaises conséquences de leur acte considéré comme illégitime, traître et criminel.

 

3. Les deux amants refusent de se sépare car ils ne se sentent pas traîtres ou coupables : le responsable de leur amour, c’est le filtre magique. D’ailleurs, le roi Marc n’est plus époux légitime depuis qu’il avait cédé sa femme aux lépreux pour se débarrasser d’elle.

 

Langue.

 

1.    Pour caractériser l’état des deux amants décrits au début de cet extrait, le narrateur a employé la comparaison «  comme des bêtes traquées », le verbe « ils errent », l’adjectif

«  amaigris et blêmes » et le groupe nominal «  en haillons » …

 

2. La description au début, c’est pour nous faire comprendre les sacrifices des deux amants qui tiennent toujours à leur amour malgré la peur, qui vivent heureux malgré les mauvaises conditions. Quant au dialogue, il nous fait connaître les points de vue et les arguments des deux partis opposés : d’un côté le roi Marc qui jouit de la légitimité et de l’appui des hommes de religion et du peuple et les deux amants proscrits, traqués et ne jouissant d’aucun appui ni légitimité et qui défendent leur cas à travers ce dialogue avec l’ermite.

 

 

 

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