Jacques Prévert (1900-1977), poète, parolier et scénariste français dont l’œuvre pleine de révolte et de tendresse a su toucher un très large public. il a écrit dans Choses et autres ses souvenirs d'enfance. Il évoque ici sa mère.

 

                  

                                                        " Une étoile de la vie. "

 

   Ce fut ma mère qui m'apprit à lire, puisqu'il fallait bien y passer. Avec un alphabet, bien sûr, mais surtout avec L'Oiseau bleu, avec La Belle et la Bête  et La Belle aux cheveux d'or, avec Le Petit tailleur, Les Musiciens de la ville de Brême1.

 

   Comme toutes les plus belles filles du monde, ma mère avait aussi les plus beaux yeux et d'un bleu tellement bleu et tellement souriant. Des fois elle rougissait ou plutôt devenait toute rose, et elle était comme les reines qu'on peint sur les tableaux et aujourd'hui, je la vois nettement, comme dans un film, avec un bouquet de violettes au corsage2, un oiseau sur son chapeau, une voilette3 modelant son visage et son sourire toujours nouveau. Mais elle était bien plus vivante qu'une actrice, tout ce qu'elle faisait était vrai et jamais elle ne tint aucun rôle. C'était une étoile de la vie.

 

   Quand dans la rue, au marché, ou n'importe où, on lui disait qu'elle était belle, un peu gênée, elle rosissait puis éclatait de rire : « C'est le fou rire», disait - elle, «je l'avais déjà toute petite et toujours à n'en plus finir. C'est plus fort que moi, plus fort que les larmes que j'ai jamais versées. » Et, le fou rire me prenant à mon tour, elle ajoutait : «Tu vois, c'est contagieux4. Il y en a qui attrapent froid et d'autres la gaieté.»

 

                              Jacques Prévert. Choses et autres. 1977.

 

Il s’agit d’une liste de contes qu’elle lui lisait ou lui faisait lire.  2. Un bouquet de fleurs au vêtement qui lui couvre  la  poitrine. 3. Petit voile transparent fixé sur un chapeau de femme et qu’on peut abaisser pour couvrir le visage. 4. C’est transmissible, communicable d’une personne à l‘autre.

 

 

I. L’étude de texte.

 

A. Compréhension.

 

1. Quels renseignements nous fournit ce texte sur les rapports entre le narrateur et sa mère. (Au moins deux éléments de réponse.)                                                                                                                 (2pts)

 

2. Distinguez dans le texte au moins deux qualités physiques et deux autres morales évoquées par le narrateur en brossant le portrait de sa mère.                                                                                      (2.5 pts)

 

3. En évoquant ces qualités, le narrateur a employé deux procédés d’écriture : Quels sont- ils ? Que veut – il nous faire comprendre en les employant ?                                                                                     (2.5 pts)                                                                                                

B. Langue.

 

1.  « C’était une étoile de la vie » : Expliquez cette phrase en précisant ce qui distingue , d’après le texte, la mère de l’actrice de cinéma.                                                                                                               (1pt)

 

2. Transposez au discours indirect la phrase tracée du texte. Quelle(s) différence(s) y a - t – il entre les deux façons de rapporter   (directe et indirecte)                                                                                   (2pts)

 

 

II.  Essai.

 

« Le passé ne revient plus, à quoi bon s’en souvenir ? », déclarent certains. Pensez – vous comme eux que les souvenirs n’ont aucune utilité, aucune importance dans la vie des personnes ? Appuyez votre point de vue par des arguments et des exemples tirés de vos lectures ou de votre expérience personnelle.    (10pts)

 

 

 

Correction du devoir .

 

I. L’étude de texte.

 

1. Ce texte nous fournit certains renseignements sur les rapports entre le narrateur et sa mère. D’abord, il y avait relation d’un apprenant avec son enseignante puisque «  ce fut[sa] mère qui [lui] apprit à lire ». Ensuite, on peut dire qu’il existait une entente, amour et complicité entre la mère et son enfant qu’elle emmenait avec elle et éclatait de rire chaque fois que sa mère le faisait (« Et, le fou rire me prenant à mon tour, elle ajoutait : «Tu vois, c'est contagieux4. Il y en a qui attrapent froid et d'autres la gaieté.»). Bref, il y avait de bons rapports entre les deux personnages.

 

2. Il  était clair aussi que l’enfant admirait sa mère, il distinguait en elle des qualité physiques comme sa beauté, sa classe et son élégance (« Comme toutes les plus belles filles du monde, ma mère avait aussi les plus beaux yeux » ; « elle était comme les reines qu'on peint sur les tableaux » …) et d’autres morales telles que sa pudeur « Des fois elle rougissait ou plutôt devenait toute rose » sa spontanéité et sa simplicité : « tout ce qu’elle faisait était vrai »  

 

3. En évoquant ces qualités, l’auteur a employé deux procédés d’écriture :  l’hyperbole et la comparaison qui trahissaient la grande admiration, l’idéalisation de sa mère «  Comme les plus belles filles du monde … les plus beaux yeux …comme les reines qu’on peint sur le tableau »

 

Langue.

 

1.  « C’était une étoile de la vie » : cela veut dire que sa mère était comparable à une actrice. Seulement, cette dernière joue la comédie sur la scène, tous ces actes sont artificiels alors que sa mère jouait son rôle dans la vie naturellement, sans aucun artifice.

 

2. Elle ajoutait que c’était contagieux, qu’il y en avait qui attrapaient froid et d’autres la gaieté.

À part les marques formelles relatives à chaque discours ( guillemets, présent …pour le discours direct / la subordination, l’emploi de l’imparfait pour le discours indirect ) on peut parler d’effacement du narrateur au discours direct et de son intervention pour intégrer les paroles au récit dans l discours indirect.

 

 

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